La goutte

La goutte est un motif de consultation plutôt rare actuellement à mon cabinet, même si c’est la maladie inflammatoire articulaire la plus fréquente chez l’homme de plus de 40 ans.

 

Historiquement, c’est la maladie de l’abondance et de l’excès de vin, de viandes, de poissons et de fruits de mer. Elle est bien entendu fortement liée aux habitudes alimentaires, elles- mêmes influencées par les paramètres culturels, le niveau de vie, la géographie… Mais, de nos jours, l’abondance ne court pas les rues, la « malbouffe », oui !

Monsieur est beaucoup plus touché par la maladie (80 %), Madame est protégée par ses hormones. En effet, les œstrogènes favorisent l’élimination urinaire de « l’acide urique ». Le coupable, c’est lui, l’acide urique, produit final de la dégradation des « purines » au niveau du foie, molécules extrêmement répandues dans la nature et surtout dans notre alimentation : ris de veau, viande, anchois, bière, levure de bière, cacao et bien d’autres mets succulents… Les purines alimentaires représentent un tiers de la production d’acide urique, le reste provient de notre corps lui-même. Son élimination est essentiellement rénale par les urines, et accessoirement digestive grâce au microbiote capable de le métaboliser.

Quelles sont les causes de la maladie goutteuse ?

  • L’alimentation, avec au premier plan les excès, mais pas seulement, d’authentiques crises de goutte peuvent survenir en cas de régimes trop restrictifs ou au début des jeûnes à cause du catabolisme accéléré des tissus de l’organisme. Finalement, manger trop de viande ou détruire ses propres muscles par un jeûne prolongé, c’est la même chose… (provoc !).
  • L’hérédité, avec des diminutions congénitales de l’élimination rénale de l’acide urique.
  • L’hyperuricémie chronique, évidemment : l’acide urique se dépose et cristallise dans les articulations et les tissus autour, entraînant une réaction inflammatoire aiguë, violente, la crise de goutte.
  • Le syndrome métabolique concerne trois quarts des goutteux. L’hyperuricémie n’est plus isolée, et s’intègre dans un tableau plus complet avec hypertension artérielle, surpoids, diabète de type deux et hyperlipidémie en lien avec la fameuse « résistance à l’insuline », véritable fléau de notre société.
  • Tout ce qui abîme les reins – médicaments, laxatifs, anti-inflammatoires non stéroïdiens, plomb – et globalement toute insuffisance rénale est capable de diminuer l’élimination de l’acide urique.
  • Il existe aussi des hyperuricémies d’effort, les patients déclenchent des crises de goutte à la suite d’une randonnée ou autre activité physique. Il y a un déterminisme génétique probable.

 

La crise de goutte

Elle illustre parfaitement les quatre signes de l’inflammation : la peau est rouge, luisante, l’articulation est brûlante, la douleur est intense, cuisante, aggravée pas le moindre effleurement ou le moindre mouvement, et enfin l’articulation est tuméfiée. La crise s’installe en quelques heures, souvent la nuit, et dure quelques jours sans traitement. L’articulation la plus touchée est la métatarso-phalangienne du gros orteil, mais d’autres localisations sont possibles : main, poignet, cheville, tissus mous, coude…

La goutte chronique ne se voit plus beaucoup cliniquement, car les traitements permettent de contrôler la maladie. Jadis, les dépôts d’acide urique sous la peau au niveau des extrémités – doigts, orteils, coudes, oreilles – constituaient des nodules appelés « tophi » (tophus au singulier)  contenant une substance crayeuse, blanche. En revanche, il est plus fréquent de prendre en charge des crises de colique néphrétique dues à des calculs rénaux d’acide urique.

En pratique au cabinet, il n’est pas toujours aisé de différencier la crise de goutte de n’importe quelle autre crise d’arthrite d’une autre cause. Cliniquement, l’apparition brutale à la suite d’un gueuleton, le côté luisant de la peau et l’extrême sensibilité au toucher sont de bons signes de goutte. Un taux d’acide urique sanguin très élevé pourra bien entendu orienter le diagnostic ; et en cas de normalité, il faudra rechercher d’autres causes de maladies inflammatoires ou infectieuses pouvant donner un tableau similaire. Une crise de « chondrocalcinose » dite pseudo-goutte, peut donner les mêmes symptômes (dépôts de pyrophosphates de calcium).

Le traitement de la maladie comprend plusieurs axes

La crise nécessite la prescription de colchicine (colchique d’automne), qui a l’inconvénient de provoquer une bonne diarrhée que l’on peut prévenir. Le résultat est rapide, en quarante-huit heures, les symptômes s’amendent. Les médecins ont tendance à l’abandonner au profit des AINS (anti-inflammatoires non stéroïdiens, par opposition à la cortisone), type diclofénac ou kétoprofène, mais, dans le contexte fréquent du syndrome métabolique, il est difficile de les associer aux traitements de l’hypertension artérielle et du diabète. Il y a un risque de toxicité rénale et d’ulcère d’estomac non négligeable. Localement, la glace, les cataplasmes d’argile verte, les gels ou pommades anti-inflammatoires peuvent aider.

L’hyperuricémie nécessite une approche globale :

  • Au niveau de l’alimentation, on propose de corriger les excès de viandes, poissons, fruits de mer, abats, gibiers, bière, levure de bière, alcools… (deux verres de bière par jour augmenteraient le risque de goutte de 200 % ; pour deux verres de vin, rien), de limiter aussi les rations de fructose, de ne pas cumuler les sodas, jus de fruits, mais préférer les fruits eux-mêmes. Il faut augmenter la ration de légumes et crudités.
  • Boire beaucoup, de l’eau, et régulièrement des eaux riches en bicarbonate de sodium, pour diminuer l’acidité des urines et favoriser la solubilité et l’élimination rénale de l’acide urique.
  • Sur le plan micronutritionnel, je conseille souvent du silicium colloïdal, des vitamines B9 et B12, de la vitamine C et du zinc, une équipe qui favorise le métabolisme de l’acide urique et participe à la lutte contre l’inflammation.
  • Les médicaments sont souvent indispensables, avec une mention particulière pour l’ « Allopurinol », qui diminue la production de l’acide urique quasi sans effets secondaires. Seul inconvénient, il peut déclencher en début de traitement une crise de goutte que l’on peut prévenir en couvrant les première semaines par de la colchicine. Les autres molécules favorisant l’élimination rénale sont moins faciles à utiliser.
  • Il existe en phytothérapie des mélanges de plantes aux principes actifs associés qui méritent d’être testés.
  • Dans la goutte chronique, le réchauffement des extrémités pourrait diminuer les dépôts cristallisés d’acide urique et favoriser le drainage par la circulation sanguine ; intérêt de cures et bains chauds ?

Encore une fois, l’alimentation et la mauvaise hygiène de vie sont responsables de la maladie goutteuse. Que dire de plus sans avoir l’air de rabâcher ? En ce qui concerne la goutte, l’expression « creuser sa tombe avec la fourchette » n’est pas vraiment adaptée, mais si on l’intègre dans le contexte du syndrome métabolique… danger !